La scolarisation des filles : une révolution silencieuse

Les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet étudient ce phénomène social inédit dans l’histoire scolaire et interrogent la persistance dans le changement de filières sexuées, lettres pour les filles et maths pour les garçons. Peut-on sérieusement expliquer ces inégalités par des différences de compétences ? Ils démontrent que non. En revanche, la socialisation des filles à une moindre confiance en elles et à des représentations des rôles de genre sont clairement liés à des orientations scolaires sexuées. C’est ce qu’ils appellent la loi non écrite de la compétition scolaire.

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Françoise et Claude Lelièvre, Histoire de la scolarisation des filles, Paris, Nathan, 1991, (Repères pédagogiques)

[compte-rendu] Jacques Gavoille – Histoire de l’éducation Année 1993 57 pp. 91-95

 

 

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Les modèles de rôles sociaux de genre véhiculent un imaginaire, des systèmes de valeurs qui vont sous tendre chez les filles et les garçons un rapport différencié à l’école. Mais cette institution elle-même n’est pas neutre, ni transparente dans son fonctionnement. Elle produit des jugements, des évaluations, des soutiens qui sont défavorables aux filles particulièrement au moment de l’orientation. Ainsi, les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet mettent à jour « la loi non écrite de la compétition scolaire : avantage aux garçons » d’une part, et d’autre part « La loi non écrite de la socialisation scolaire : avantage aux filles ».

L’avantage est donné à la culture du chef pour la compétition scolaire

  • Assurance / confiance en soi
  • Autonomie vis à vis du jugement des enseignants
  • Autant de comportements et d’attitudes inculquées aux garçons

L’avantage est donné aux filles pour la socialisation scolaire

  • Obéissance
  • Goût de l’ordre, de la discipline, du rangement
  • Conformisme/ identification aux attentes des enseignants

Autant de comportements et attitudes inculquées aux filles

Pour aller plus loin

Claude Zaidman a décrypté les mécanismes de construction des identités au sein des interactions des élèves entre eux-elles, et avec les enseignant.es. Elle pointe l’aveuglement produit par la posture non interventionniste de ces derniers dans la reproduction des frontières de genre. Une pseudo neutralité qui bénéficie aux garçons.

Claude ZaidmanLa mixité à l’école primaire (1996). Paris. L’Harmattan

[compte-rendu]

Chabaud-Rychter Danielle

Les Cahiers du Genre Année 1997 19 pp. 145-147

Fait partie d’un numéro thématique : Travail, espaces et professions

La scolarisation des filles : la construction d’une ségrégation sexuée

La scolarité des filles est marquée par moins de redoublements en primaire et de meilleurs résultats. Elles sont plus nombreuses en lycée, notamment dans les filières générales et plus nombreuses à l’université sauf dans le 3ème cycle universitaire.

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L’étude sociologique des interactions scolaires démontre une socialisation sexuée notamment dans l’interaction entre les enseignant.e.s et leurs élèves. Les enseignants créent à leur insu, des oppositions entre filles et garçons au cours de leur socialisation. Les filles sont utilisées par les professeurs comme des « auxiliaires pédagogiques ».

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Spender en 1982 et Kelly en 1988 ont par exemple observé quantitativement et qualitativement les interactions enseignant/enseignés. En classe, les garçons sont davantage sollicités, ils bénéficient de feed-back plus constructifs.

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Et si la domination masculine dans les filières les plus sélectives se jouait dès le CP ?

Tableau disponible sur le site de l’observatoire des inégalités

Les filles sont mieux diplômées que les garçons, mais ces derniers restent très majoritaires dans les études les plus sélectives. Du fait de leur meilleur niveau en maths, et cela se joue dès le CP. L’analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

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La scolarisation des filles dans le monde

L’écart de scolarisation entre filles et garçons s’est considérablement réduit dans le monde

Tableau disponible sur le site de l’observatoire des inégalités

Les filles sont mieux diplômées que les garçons, mais ces derniers restent très majoritaires dans les études les plus sélectives. Du fait de leur meilleur niveau en maths, et cela se joue dès le CP. L’analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

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Où en sont les jeunes de 17- 19 ans en 2022 ?

Concernant l’école, le rapport signale :

« B. Un conditionnement sexué consolidé dans le cadre scolaire

  1. L’école, fabrique des stéréotypes
  2. Dès leur entrée dans le système éducatif, les enfants sont confronté·es, notamment à travers les manuels scolaires, à des représentations genrées qui favorisent l’internalisation des normes. L’étude réalisée par Sabrina Sinigaglia-Amadio (2010) sur la place et la représentation des femmes dans les manuels scolaires en France révèle que ceux-ci ont tendance à favoriser l’idée de la femme comme femme au foyer. Les femmes sont encore très souvent représentées dans l’espace domestique (seules 25,24 % des illustrations sur cette thématique représentent des hommes seuls), dans des métiers peu valorisants ou traditionnellement féminins (l’infirmière, la secrétaire, la caissière, l’institutrice) et sont souvent présentées en situation de victimes.

De plus, plus d’un homme sur quatre est représenté dans une position dominante, que ce soit en tant que supérieur hiérarchique (un patron face à une secrétaire) ou exerçant une profession vue comme plus prestigieuse dans un secteur d’activité concerné (un neurochirurgien/une gynécologue) alors que l’inverse (une femme au statut ou au prestige supérieur) ne représente que 1,44 % du total des illustrations étudiées. 47 Les femmes mises en valeurs occupent principalement des places sublimées, comme la femme-allégorie (la Liberté, la République, la Civilisation), la femme-mère (épouse ou mère de famille avec enfant. s), ou la femme-célébrité (Coco Chanel, Marie Curie). » Extrait du rapport 2022 du haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

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Pour aller plus loin