Quelle est l’importance du choix des jeux et des jouets offerts aux enfants ?

Les jeux et les jouets constituent les objets qui matérialisent l’éducation sexuée, peuplent l’univers des enfants et balisent leur périmètre d’action.

La critique développée par les féministes des années 1970 met en lumière les socialisations de genre qui imposent aux jeunes enfants de déployer leur activité dans des univers très différenciés. Les jeux de poupées profilent chez la petite fille son futur rôle de mère qu’elle devra remplir à l’intérieur du foyer en « bonne maîtresse de maison ». Apprendre à materner, nourrir, prendre soin balise l’horizon des petites filles peint en rose. A l’opposé, les petits garçons sont dirigés vers des activités d’extérieur tournées vers l’expression du combat et de la conquête.

Exemple de classement genré sur un site de jeux flash.

Quelques décennies plus tard, cette critique a porté ses fruits et les catalogues de jouets évitent de trop classer leurs produits selon des rubriques dédiées aux filles ou aux garçons selon le code couleur des pages en rose ou bleu. Toutefois si la présentation se fait légèrement moins stéréotypée et plus mixte, les messages restent très marqués par le genre. Par ailleurs, l’offre commerciale sur internet conserve ces codes de couleur rose et bleu.

Les jeux de couture, de broderie, de tissage de perles… poursuivent les préceptes de l’enseignement ménager d’antan sur le modèle du stéréotype féminin.

Caroline GUILBAUD dans la collection A vos fils pour créer des accessoires pour les filles.

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Les jeux de déguisement restent très stéréotypés, or ils jouent un rôle crucial dans les processus d’identification et d’imitation. Les figures de la fée, de la princesse, de la sorcière sont des classiques féminins  auxquels s’ajoute la pom-pom girl aujourd’hui.

Quelques nouveautés proposent d’autres personnages comme celui qui intègre le fait historique de femmes pirates.

Du côté masculin on retrouve les métiers de policier, pompier, aviateur, plombier, explorateur et la figure du cow-boy.

Les jeux d’imitation projettent les enfants dans des rôles adultes. Ainsi Simone Pénot raconte-t-elle comment dans les années 50 elle jouait à la mariée avec une couronne sur la tête « On se mettait des bouts de rideaux sur la tête, on faisait des processions, on chantait ». (Archives de Leïla Sebbar. IMEC)

Des jeux qui perdurent dans l’offre commerciale comme par exemple Jeu-fille : vive la mariée ! ou encore jeux de mariage et jeux pour filles : jeux mariage d’habillage.

https://www.jeu-fille.net/vive-la-mariee-430.html
https://www.girlsgogames.fr/jeux/jeux-de-mariage
https://ml.game-game.com/tags/755/

Dans les archives de Leila Sebbar (IMEC)
Extraits du texte de Evelyne LeGarrec « De fil en aiguille et de mères en filles » sur les manières d’éduquer les filles par rapport aux garçons » publié dans les temps modernes n°358 (1976) p. 1916.

  • 1ère mère interrogée : « j’ai toujours opposé une résistance féroce à ma fille sur la question du landau de poupée. Elle voyait les autres qui en avaient et en voulait un. Moi je trouvais ça tellement idiot et stupide que je ne lui en ai jamais acheté. Je trouvais ça tellement ridicule de voir ces petites filles jouer aux grandes personnes, à la maman, aux dames qui poussent un landau. Parce que quand on a des enfants, ce n’est pas toujours drôle de pousser un landau à longueur de journée. On le fait parce qu’il faut que l’enfant prenne l’air mais ce n’est pas un jeu ». p. 1916
  • Portrait de Lise : « Je crois qu’ils n’étaient [les jeux] pas spécifiquement féminins mais pas masculins non plus. C’était surtout, comme nous étions à la campagne, des jeux de plein air : vélo, ballon, cabanes. Mais les cabanes étaient des maisons de filles en ce sens que nous ne les construisions pas. L’une était une ancienne niche à chien très grande. Nous n’assumions pas la part de construction des garçons mais seulement l’aménagement intérieur ». p. 1916
  • « Je trouve que ce n’est pas joli une fille qui joue à des jeux de garçon à 12 ou 13 ans. Tant qu’elle est petite, je veux bien, mais après c’est choquant. » p. 1925

Aujourd’hui, le modèle Lolita et le développement d’une offre commerciale incitent les petites filles à s’exercer aux activités esthétiques de séduction comme le  maquillage, la tenue d’un pressbook à l’image des mannequins. Les paillettes, toute la gamme des roses et les petits cœurs parsèment cette fiction féminine. La sexualisation du corps enfantin autant que le retour à la représentation de la femme objet sont vivement critiqués par  les féministes.

Aujourd’hui, les jeux vidéos très appréciés des enfants et adolescent.es véhiculent de nombreux stéréotypes sexués comme le démontre Fanny Lignon dans son ouvrage Genre et jeux vidéos (PUM, 2015).

« Le genre est saisi comme un construit social exprimé dans trois zones distinctes du jeu : le travail des « games designers », le jeu en lui-même et le produit en aval de la sortie. Traditionnellement, les games designers féminines sont souvent reléguées à la création de jeux pour filles. En outre, leurs représentations sociales, en partie nourries de stéréotypes, peuvent influencer la construction du genre. Leur construit social et la manière dont elles se représentent le masculin et le féminin ne sont pas sans conséquences sur la construction du genre non seulement dans le jeu, mais aussi sur les recto/verso des jaquettes. Fanny Lignon montre qu’elles peuvent véhiculer deux postures différentes du genre : l’une essentialiste, par la mise en avant des qualités féminines des games designers et l’autre, moins genrée, basée sur leurs compétences propres ».
https://sms.hypotheses.org/5195