Quel rôle jouent les modèles de femmes scientifiques dans les rapports de pouvoir et le progrès démocratique ?

Les représentations sont importantes pour que les petites filles, et donc plus tard les femmes, puissent se projeter dans des carrières scientifiques (où les femmes sont minoritaires). L’orientation scolaire et universitaire témoigne encore aujourd’hui de son caractère sexué, mettant à mal une participation égale à la production de connaissances utiles et légitimes pour l’avenir techno-scientifique de sociétés réellement démocratiques.

Les modèles présentés aux jeunes soulèvent de nombreuses interrogations. Ainsi, Marie Curie est une figure sur-représentée parmi les femmes scientifiques (omniprésente dans la littérature jeunesse). Or c’est un exemple de modèle auquel il peut être difficile de s’identifier tant cette femme est montrée comme exceptionnelle. Là où les hommes ont toutes sortes de modèles, les femmes n’ont que des modèles extraordinaires. Le message qui est envoyé aux filles est celui d’un parcours inatteignable avec comme effet l’exhortation au renoncement : « je ne suis pas extraordinaire, ce n’est pas fait pour moi ».

Exemple de représentation des femmes qui ont marqué l’histoire, ici un livre de poupées de papier reprenant les costumes des femmes célèbres qui sont ici encore réduites à leurs toilettes. Toutefois il visibilise ces femmes. (Great Women Paper Dolls, Bellerophon Books Collectible, San Francisco, 1974 trouvé dans les archives de LS SBR 68).

Si des femmes ont pu échapper aux injonctions sociales et contribuer aux progrès dans un domaine défini arbitrairement comme masculin, le cas d’Ada Lovelace illustre comment l’histoire des sciences a pu invisibiliser l’apport scientifique d’une mathématicienne au développement de l’informatique. Ce n’est que récemment que ses recherches bénéficient d’une véritable reconnaissance.

 

Consulter

Réseau pédagogique CANOPE.
Cité des sciences.

Ada ou la beauté des nombres, article de Sciences & Vie Junior, décembre 2022

Ada Lovelace

  • Née en 1815 à Londres du poète George Gordon Byron et de son épouse Annabella Milbanke (surnomée : « Princesse des parallélogrammes »)
  • En 1833, elle rencontre Charles Babbage, l’inventeur de la machine analytique de Babbage (ancêtre de l’ordinateur)
  • En 1842, Ada traduit un article consacré aux machines à calculer. Traduction qu’elle augmente de notes, elle y décrit l’enchaînement d’instructions qu’il faut donner pour réaliser une suite mathématique. Elle prévoit que la machine pourrait manipuler des lettres et des symboles. C’est la première programmation.
  • Elle meurt en 1852
  • En son honneur est créé en 1980 le langage ADA

Des avancées récentes en termes de représentations de femmes scientifiques rectifient leur invisibilisation dogmatique dans ces domaines, grâce notamment à une historiographie nouvelle, les archives livrant une image plus proche de la réalité de leur rôle.

Les recherches d’Isabelle Collet démontrent cependant la persistance des stéréotypes sexués réservant le domaine de l’informatique aux hommes. Là encore l’orientation scolaire et universitaire affiche des chiffres qui n’évoluent pas en France contrairement à d’autres pays (Italie, Inde par exemple).

Entre reproduction des stéréotypes sexués et production d’un ordre social respectant la diversité contre un système de genre discriminant, la dynamique des sociétés est complexe.

Pour aller plus loin

Analyser les représentations de genre dans ces publicités, à votre avis comment celles ci peuvent-elles influencer les choix des filles et des garçons ? Quelles conséquences sur leurs orientations professionnelles ?

Publicité Apple 1977
Publicité Texas instruments début 1980
Publicité Gameboy 1991

Ou encore

Film : les figures de l’ombre (2016) qui retrace l’histoire de trois « calculatrices » afro-américaines : Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson qui ont contribué aux programmes aéronautiques et spatiaux de la NASA à la fin des années 60 (disponible sur Disney+)

Suivre par exemple, les vidéos courtes de Manon Bril, vulgarisatrice en histoire sur ses réseaux sociaux « c’est une autre histoire » :