Capacité à agir sur le monde l’agentivité est la traduction en français d’empowerment qui désigne le pouvoir d’agir lequel interroge notamment les pratiques d’émancipation féministes (Guétat-Bernard, Hélène, et Nathalie Lapeyre. « Les pratiques contemporaines de l’empowerment. Pour une analyse des interactions entre pratiques et théories, individu∙e∙s et collectifs », Cahiers du Genre, vol. 63, no. 2, 2017, pp. 5-22.)

« Le « prendre soin » d’autrui, dans les relations domestiques familiales ou professionnalisées, est bien connu pour être inégalement réparti entre les sexes. Mais impossible de faire le même constat pour l’ensemble du care, qui reste une notion floue, à géométrie variable, difficilement opérationnalisable dans une approche de sciences humaines. […] Au point de départ, un constat massif, le care n’est pas dispensé de façon uniforme par tous les groupes ou catégories de la population. Les femmes, surtout si elles sont étrangères, issues des classes populaires, plus jeunes ou moins diplômées, sont en charge de la plupart du travail de soin à autrui (et par soin j’entends la réponse aux besoins des personnes dépendantes et plus largement des proches et non pas l’activité professionnelle ou médicale qui ne constitue que la pointe émergée de l’iceberg) ; ce sont des soins d’entretien de la vie, non pas des traitements ou des soins de réparation. Effectuer la plus grande part de ce travail constitue bien une inégalité : c’est un travail gratuit ou mal rétribué, peu valorisé symboliquement ou économiquement, dévoreur de temps et d’énergie, qui limite l’autonomie des femmes et leur disponibilité pour d’autres activités ou dimensions de la vie. Ce constat d’inégalité massive est bien documenté. (Ref. : CRESSON Geneviève, « Le care : soin à autrui et objet de controverses », Travail, genre et sociétés, 2011/2 (n° 26), p. 195-198. DOI : 10.3917/tgs.026.0195. URL : https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2011-2-page-195.htm

« C’est la parution du livre « in a different voice » en 1982 de la psychologue américaine Carol Gilligan qui introduisit ce terme dans les débats sociétaux et politiques devenant par là-même le catalyseur des débats sur cette question. Pour Carol Gilligan le care « se définit par un souci fondamental de bien-être d’autrui et centre le développement moral sur l’attention aux responsabilités et à la nature des rapports humains. « Gilligan a mis en évidence l’existence d’« une voix morale différente », c’est-à-dire une façon différente de résoudre les dilemmes moraux, basée non pas sur les critères de la loi et de l’impartialité comme c’est le cas pour l’éthique de la justice, mais sur des critères relationnels et contextuels. D’autres auteures féministes, en particulier la philosophe politique Joan Tronto (1993, 2009), ont montré par la suite que cette « voix différente » n’était pas tant celle des femmes (ce que Gilligan n’a d’ailleurs jamais affirmé en tant que tel) que la voix de ceux ou plus souvent celles dont l’expérience morale est fondée dans les activités qui consistent à s’occuper des autres. » (Ref. : NOëL-HUREAUX Elisabeth, « Le care : un concept professionnel aux limites humaines ? », Recherche en soins infirmiers, 2015/3 (N° 122), p. 7-17. DOI : 10.3917/rsi.122.0007. URL : https://www.cairn.info/revue-recherche-en-soins-infirmiers-2015-3-page-7.htm).

« La thèse centrale du livre  [de C. Delphy et Diana Leonard]  peut être résumée ainsi : l’ensemble du travail domestique est extorqué aux femmes au profit de leur conjoint ; c’est un fait structurel central de notre société, au même titre que l’extorsion de la plus-value sur le travail des ouvrières et ouvriers par le capitalisme. Ces deux extorsions (patriarcale et capitaliste) sont interreliées, s’influencent réciproquement, mais ne s’emboîtent pas parfaitement (aucune ne prend le pas sur l’autre ; aucune n’est principale ou secondaire par rapport à l’autre). (Ref. : CRESSON Geneviève, « Christine Delphy et Diana Leonard : L’exploitation domestique », Nouvelles Questions Féministes, 2020/2 (Vol. 39), p. 164-168. DOI : 10.3917/nqf.392.0164. URL : https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2020-2-page-164.htm).

« On oppose généralement le sexe comme ce qui relève du biologique et le genre (gender en anglais) comme ce qui relève du social. […] Les sociétés humaines, avec une remarquable monotonie, sur-déterminent la différenciation biologique en assignant aux deux sexes des fonctions différentes (divisées, séparées et généralement hiérarchisées) dans le corps social en son entier. (Ref. : Nicole-Claude Mathieu, « Sexe et Genre », Dictionnaire critique du féminisme, PUF, 2000, p.191 et 192).
« Le genre est mentionné au singulier, et non pas les genres au pluriel ; c’est qu’il s’agit du genre comme principe de division. « Le genre est le système de division hiérarchique de l’humanité en deux moitiés inégales. » (Ref. : « Christine Delphy : « Penser le genre ». Note de lecture par Françoise Armengaud », Nouvelles Questions Féministes, 2002/1 (Vol. 21), p. 126-133. DOI : 10.3917/nqf.211.0126. URL :https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2002-1-page-126.htm)

L’approche intersectionnelle étudie les formes multiples de domination liées à l’imbrication de rapports sociaux de classe, race et genre consubstanciels à la diversité des situations des individus (voir Kimberlé Crenshaw : What is intersectionality ? https://www.youtube.com/watch?v=ViDtnfQ9FHc )

 

Erving Goffman montre comment la différence des sexes est mise en scène dans chaque situation quotidienne comme l’expression d’une prétentue nature.  Le sexe est à la base d’un code fondamental qui régit toutes les interactions et les structures sociales, un code qui soutient également les conceptions que se font les individus de ce qui fonde la nature humaine. (Erving Goffman, L’arrangement des sexes, Traduit par Hervé Maury, Présenté par Claude Zaidman, La Dispute, Paris, 2002)

« Delphy explique que « patriarcat » est un mot qui désigne le système d’oppression des femmes ; il s’agit bien d’un système, et non d’une série de hasards malchanceux, et d’un système politique, comme le suffixe « arcat » le montre. « Patriarcat » doit être maintenu comme une façon d’insister sur l’aspect politique, tandis que « genre » met davantage l’accent sur le caractère de construction sociale de ce système. » (Ref. : « Christine Delphy : « Penser le genre ». Note de lecture par Françoise Armengaud », Nouvelles Questions Féministes, 2002/1 (Vol. 21), p. 126-133. DOI : 10.3917/nqf.211.0126. URL : https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2002-1-page-126.htm).

« Pour penser la production sociale et historique de l’antagonisme entre le groupe des hommes et celui des femmes et les inégalités qui en résultent, le concept de rapport social va sous-tendre les élaborations théoriques les plus importantes qui émergeront au cours des années 1970 et 1980 ». Cette approche en termes de rapports sociaux de sexe se fonde sur le courant matérialiste et articule les concepts de patriarcat, de mode de production domestique, de travail productif et reproductif comme de division sexuelle du travail. (Ref. : Roland Pfefferkorn, Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes, La Dispute, 2007, p. 220 et 221).

 

Selon Colette Guillaumin « Cet antagonisme entre les classes de sexe recèle la nature spécifique de l’oppression des femmes : l’appropriation. Certes, l’appropriation physique directe n’est pas un rapport de pouvoir propre à l’accaparement de la force de travail des femmes, elle est opérante dans le système d’esclavage et de servage, mais elle s’en distingue cependant. En effet, s’il est possible de recouvrer sa liberté individuelle une fois affranchi de ses maîtres/esclavagistes, les femmes, quel que soit le lien d’asservissement qu’elles subissent, restent sous le joug du groupe des hommes en tant qu’épouse, sœur, fille… (Guillaumin 1992b, p. 85). Elles sont à la disposition des hommes pour entretenir leur force de travail mais aussi pour apporter les soins aux corps des enfants et des vieillards (qui dépendent des hommes dominants). Le corps féminin est, en prolongement, ‘naturellement’ utilisé comme matrice reproductrice de l’espèce en sorte que les femmes, confondues avec leurs corps, sont des outils. Cette appropriation généralisée des femmes dépasse le cadre économique capitaliste et familial patriarcal, ce qui distingue ses travaux de ceux de Christine Delphy (Delphy 1971). Le fait d’être marquée anatomiquement d’attributs génitaux féminins induit, par prétérition, une cession en bloc de l’individualité ‘femme’ à la classe des hommes. » (Ref. : NAUDIER Delphine, SORIANO Éric, « Colette Guillaumin. La race, le sexe et les vertus de l’analogie », Cahiers du Genre, 2010/1 (n° 48), p. 193-214. DOI : 10.3917/cdge.048.0193. URL : https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2010-1-page-193.htm)

« L’ensemble des processus par lesquels l’individu est construit –on dira aussi « formé », « modelé », « façonné », « fabriqué », « conditionné », – par la société globale et locale dans laquelle il vit, processus au cours duquel l’individu acquiert – « apprend », « intériorise », « incorpore »,  « intègre », des façons de faire, de penser et d’être qui sont situées socialement » (Muriel Darmon , La socialisation, 2006)
Socialisation de genre signifie un apprentissage par les garçons et petites filles de « rôles sexués » différents ; des « rôles sexués » qui s’opposent et construisent une identité de genre soit féminin soit masculin.